Dix questions au Champion du Monde
Vainqueur de la Finlande 2000
Marcus Grönholm


"Gonflé à bloc"

Après un début de saison plutôt difficile, le champion du monde en titre, abordera la manche finlandaise avec une motivation décuplée et des ambitions non dissimulées. Confidences…

 

Si la "cuvée 2000" avait été exceptionnelle, avec un titre mondial à la clé, cette année, la première demi-saison a été beaucoup moins rose, comment le vivez-vous ?
J'essaie de relativiser les choses. Bien entendu, ce n'est pas une période très agréable, avec ces abandons consécutifs, plusieurs erreurs techniques, une ou deux fautes personnelles, une part de malchance… Ce sentiment confus que, parfois, tout semble s'acharner contre vous en particulier, d'autres pilotes et d'autres équipes l'ont connu avant nous et la situation présente n'a rien d'exceptionnelle. Il faut de la chance pour gagner et on en a eu l'an passé. Cette saison, il est vrai que cela ne sourit pas vraiment, mais on ne peut se satisfaire de ce simple constat : on doit aussi éradiquer tous ces petits problèmes rencontrés sur la voiture et qui ne sont pas normaux. On va, encore et toujours, continuer à se battre et à travailler. La vie continue et le championnat aussi : après le Safari, plusieurs autres rallyes nous sont, en principe, favorables. Si on sait réagir positivement, rien n'est complètement perdu : on peut encore faire quelques beaux résultats.

Quand on traverse une telle période sans succès, comment fait-on pour rester fort mentalement ?
On reste calme, cool et tourné vers la suite. Pour tenir le choc dans ces moments-là, il ne faut surtout pas être isolé. C'est toute l'équipe qu'on doit sentir soudée, volontaire et motivée. Nous avons réussi tant de belles choses ensemble : il n'y a aucune raison logique pour qu'on ne retrouve pas une période positive.

Vous serez attendus au tournant, à domicile, très bientôt. Un rendez-vous particulièrement important ?
On donne toujours le meilleur de soi-même partout, mais c'est vrai qu'un pilote finlandais aura toujours particulièrement à cœur de briller devant ses compatriotes… à commencer par les autres pilotes locaux ! Je pense que je serai particulièrement coriace cette année, car, outre cette motivation de base, je veux aussi montrer que la 206 WRC est revenue au premier plan ; enfin c'est sans doute notre ultime chance d'espérer jouer les trouble-fête au championnat. On a beaucoup travaillé sur place et effectué près de quatre cents kilomètres de tests en trois jours, soit presque un rallye complet. Ces derniers ont donné d'excellents résultats et j'étais très satisfait du comportement de la voiture. De quoi être confiant au départ…

Les améliorations apportées à la 206 WRC "version 2001" seront-elles spécialement utiles en Finlande ?
Elles seront, en quelque sorte, un prolongement du travail effectué ici l'an dernier, lequel nous avait déjà permis de définir des solutions très performantes, avec notamment d'excellentes suspensions, qui permettent à la voiture d'être très stable, même avec un empattement naturellement réduit. Le nouveau moteur, avec un meilleur couple, sera incontestablement un atout supplémentaire : pendant les tests, nous étions un peu plus rapides que l'an passé. Reste à confirmer en course, mais le feeling est bon…

Deux boîtes de vitesses différentes, à cinq ou six rapports, sont homologuées sur la 206 WRC. Laquelle pensez-vous utiliser ?
Plutôt la version à six rapports : sur un tracé rapide comme celui de la Finlande, elle me semble plus efficace, car on utilise souvent les vitesses supérieures. Ce rapport supplémentaire est un atout fort utile, pas forcément en vitesse pure, mais en cas d'urgence, quand on arrive très vite vers le bas côté et qu'on a bien besoin d'un coup de pouce mécanique pour remettre l'auto en ligne. La version à cinq vitesses est un peu plus solide, mais les boîtes ne souffrent pas exagérément en Finlande.

Qui craindrez-vous le plus en Finlande ?
Tommi Makinen est toujours redoutable ici, et si la 206 WRC marche aussi fort que je l'espère, alors Harri, mon propre équipier, ira sans aucun doute très vite. Mais Didier Auriol, Richard Burns, Carlos Sainz ou Colin McRae auront également toutes leurs chances au départ : ils sont désormais beaucoup d'expérience du terrain et connaissent la majorité des épreuves spéciales. Pour moi, ce rallye n'est plus, désormais, une chasse gardée des pilotes finlandais. Pour battre tout ce beau monde, il faudra se livrer au moins aussi fort que partout ailleurs.

Pour être compétitif ici, il faut néanmoins savoir effectuer quelques exercices de style bien particuliers, lesquels ?
D'abord rester sur la route après les fameux "jumps" abordés à très haute vitesse. En fait, il faut être capable de lire la route en trois dimensions et avoir, effectivement, un feeling particulier pour savoir exactement où et comment placer son auto sur la trajectoire idéale, avant d'aborder très vite certaines bosses "aveugles", au pied desquelles on ne voit que le ciel. Si l'on n'a pas parfaitement noté ce qu'il y a derrière, l'atterrissage peut alors être problématique, voire éliminatoire…

Marcus Grönholm - Peugeot Presse


© août 2001 - Animrallye