Interview

Adnan HOUDROUGE
Vice-président de l'AS Monaco

Lundi 4 mai 2004

En voyage d'affaires à l'Ile Maurice, le vice-président de l'AS Monaco et membre de MFI (Monaco Football Investissement) s'est exprimé sur la l'actualité et l'avenir du Club princier dans les colonnes du quotidien mauricien L'Express. Merci à Azmaal Hydoo qui a réalisé cet entretien et qui nous a gentiment autorisé à le reproduire en exclusivité.

LE VICE-PRÉSIDENT DE L’AS MONACO À MAURICE : “Monaco étonne Monaco fait rêver”

"Nous avons profité de la visite chez nous d’Adnan Houdrouge, vice-président de l’AS Monaco, pour revenir sur la saison fantastique du club princier, qui est aux portes de la finale de la Ligue des champions. C’est dans le cadre paisible du Royal Palm qu’il nous accordé cet entretien, lui qui fréquente Maurice depuis… 18 années ! Le président de Mercure International fait partie des trois investisseurs monégasques qui ont sauvé Monaco de la descente en Ligue 2. Il nous a parlé avec passion de ses Rouge et Blanc qui sont aux portes de la légende du football français.

Monsieur Houdrouge, vous avez lancé City Sport mardi à Riche-Terre, le plus grand magasin de produits sportifs de l’île Maurice. Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir Maurice ?
Après la Réunion et Madagascar, on a décidé de s’implanter chez vous. Il faut savoir que Maurice est, avec la Tunisie, l’un des deux pays émergeant entre l’Afrique et l’océan Indien, ceux qu’on appelle les tigres. Le développement du commerce moderne est devant lui.

Parlez-nous de City Sport dont vous êtes le président ?
C’est une chaîne de magasins commercialisant des articles de sport qui appartient au groupe Mercure International de Monaco. L’entreprise est Monégasque et l’enseigne appartient à City Sport, qui est sur l’Europe, l’Afrique, les Caraïbes et l’océan Indien. C’est une chaîne de magasins en intégré et nous avons commencé à faire des franchises, comme Matchpoint, qui est devenu une franchise de City Sport. On est multi-marques. Nous oeuvrons pour la pratique du sport, pour les pratiquants, mais pour la mode aussi et les sports dans la vie.

Vous êtes également le vice-président de l’Association sportive de Monaco Football Club qui fait un malheur cette saison en Coupe d’Europe…
J’occupe cette fonction depuis juin 2003. Au début de la saison footballistique, nous sommes trois Monégasques à avoir mis des fonds et créé une société qui s’appelle MFI (Monaco Football Investissement, qui possède 51% du capital). Le but était de relever le club et le faire repartir sur de nouvelles bases, en accord avec le Conseil d’administration de l’ASM.

En fin de saison dernière, Pierre Svara a remplacé Jean- Louis Campora à la présidence du club monégasque et ça porte ses fruits cette saison. Du moins d’un point de vue strictement sportif…
Ce n’est pas seulement une question de président. C’est surtout une question d’ambiance. Vous savez très bien que, pour gagner, il faut un esprit d’équipe. Et là c’est l’équipe qui s’est resserrée autour des joueurs et à partir de là Didier Deschamps a pu faire son métier d’entraîneur. Maintenant, on a une équipe soudée et de la combativité.

Côté finances du club, il y a beaucoup de dettes, on parle d’un trou de 60 millions d’euros notamment. Comment vous vous en sortez au quotidien ?
(Il fait la moue) Hé bien ! Comme tout le monde. Beaucoup de clubs de Ligue 1 aujourd’hui sont endettés. C’est aussi une mauvaise gestion du passé. C’est pour ça que nous sommes intervenus avec des amis monégasques entrepreneurs aujourd’hui pour assainir cette situation. Nous sommes dans le bon chemin, parce que nous sommes passés devant la DNCG (l’organisme qui contrôle et régule les finances des clubs dans le football français). Les comptes sont bons et c’est grâce à ça qu’on a pu rester en Ligue car on a failli descendre en Ligue 2…

L’argent de Monaco et le statut privilégié de la Principauté (qui est exemptée de taxes) font visiblement beaucoup de jaloux puisque plusieurs voix, dont celles du président de Lyon et de Marseille, se sont élevées. Ces critiques sont-elles justifiées ?
(Il rigole) Oh… C’est pas nouveau. On donne l’impression de découvrir tout ça alors que ça a toujours existé. Je n’entrerais pas dans cette polémique. Il faut laisser la fiscalité aux autorités et s’occuper seulement du sport et il ne faut pas mélanger la politique et l’économique au football. On a des avantages, c’est vrai, mais on a aussi des inconvénients, comme celui d’être un petit Etat au territoire un peu étroit.


En compagnie de Franck Biancheri, conseiller de gouvernement (ministre) pour l'économie et les finances
de la Principauté de Monaco, Adnan Houdrouge (à gauche) répond aux questions d'Azmaal Hydoo.

Monaco aura beaucoup de mal à conserver tous ses joueurs à l’intersaison, compte tenu des problèmes financiers du club et du statut de star que certains ont obtenu après leurs exploits européens…
Non, on va quand même garder notre effectif comme on l’a fait durant toute cette saison. De juin 2003 à ce jour, nous avons gardé tout le monde et pris Morientes en prêt malgré la blessure de Nonda. Et nous avons amélioré notre situation financière. Ça va quand même de mieux en mieux. De toute façon, nous avons la volonté de garder une grande équipe et de rester au haut niveau. La volonté existe et les moyens aussi !

Votre attaquant-vedette Fernando Morientes doit retourner au Real Madrid en fin de saison puisque le prêt d’une saison s’achève et il semble que son salaire soit trop élevé pour que Monaco le conserve. N’y a-t-il aucune chance qu’il reste à l’ASM ?
Disons que les débats sont ouverts, on verra. On va discuter dans un mois. Le mercato n’est pas encore ouvert…

Comment vivez-vous la période actuelle que traverse votre club, qui nage en pleine euphorie, après avoir remporté sa demi-finale aller de la Ligue des champions contre Chelsea 3-1 ?
Je suis ravi et très heureux parce que je me rends compte que cette équipe s’en sort le mieux lorsqu’elle est en difficulté. On était à 10 contre 11 contre Chelsea et ils ont fait un miracle. Ils ont envie de gagner, c’est le plus important dans la vie. C’est fabuleux. Je dirais comme Didier Deschamps a dit à ses joueurs dans les vestiaires : “Regardez ces maillots que vous portez. Si vous n’avez pas envie de gagner, si vous partez perdants, si vous ne croyez pas aux miracles c’est pas la peine de les porter, c’est pas la peine de rentrer sur le terrain.” Cette envie-là, ils l’ont prouvée contre le Real Madrid, qui avait de grands noms. Mais par contre on sait perdre aussi, comme contre Nantes, mais peut-être que l’envie était moins forte. La fatigue a joué un rôle aussi.

Vous êtes optimiste avant la demi-finale retour de C1 contre Chelsea ?
En gagnant 3-1 chez nous, on a quand même une bonne visibilité avant le retour contre Chelsea… Je ne vais pas dire qu’on va gagner mais on est en bonne position. Monaco a la volonté d’aller jusqu’au bout.

Monaco a perdu contre Nantes en championnat, redescend à la troisième place et accuse quatre points de retard sur le leader Lyon. Rien n’est jamais acquis en football même si Monaco avait dix points d’avance sur Lyon début janvier…
Oui, mais on est à un point du deuxième et on a encore cinq matches…

Vous avez donc encore de l’espoir pour le titre…
(Il coupe) Il y a encore cinq matches ! Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et il y aura peut-être un sursaut. Dans le football tout est possible.

Monaco peut encore tout perdre et finir les mains vides comme le Bayer Leverkusen en 2001.Ce serait une énorme injustice vu la saison exceptionnelle de Monaco qui a atteint les sommets du jeu…
Ce serait frustrant car on peut tout perdre. Dans le football, on ne peut rien prédire malheureusement. Il peut y avoir un mauvais démarrage, une équipe pas en forme… De toute façon, la chance joue beaucoup si la volonté est là. Mais même s’ils perdent tout, ils auront fait un beau parcours. On nous donnait perdant en début de saison mais on est là, on a avancé, on est en demi-finales. Monaco étonne. Monaco fait rêver.

Quel est votre souhait pour la fin de saison de l’AS Monaco ?
Tout gagner ! Etre champion de France et remporter la Champions League.

Entretien réalisé par Azmaal HYDOO

 

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© VASELLI Nicolas et Grégory, DESVERNAY Stéphane & CROESI Nicolas - 2004