Interview

Julien RODRIGUEZ
vice-capitaine de l'AS Monaco

Lundi 7 mars 2004


Vous aviez déjà 19 ans à votre arrivée au Centre de Formation de Monaco. Comment jugez-vous votre parcours depuis cette date ?
Comme chez tous les joueurs, il y a des saisons plus fortes, plus intenses en émotions que d’autres. En particulier, quand l’équipe va bien, on s’y retrouve individuellement, alors que dans les années où le groupe termine dans la deuxième partie du classement, c’est plus difficile car on est davantage critiqué. Il y a davantage de louanges à faire à propos d’un joueur qui évolue dans une équipe qui marche bien que le contraire.

Entre 19 et 21 ans, l’âge où vous êtes passé professionnel, votre progression a-t-elle été naturelle ou diriez-vous que votre parcours a été difficile, avec des hauts et des bas ?
Pour moi, cela a été difficile car je n’ai pas fait une longue formation ici. Il n’est pas évident d’être déjà formé à 19 ans, quand depuis l’âge de 16 ans je jouais en National. Ce sont des années où j’ai quand même "galéré" un peu.

Maintenant que vous êtes dans le bain depuis quelques années, pensez-vous que vous progressez encore sur le plan technique ?
Sur tous les plans : physique, technique ou tactique, on ne peut que progresser lorsqu’on est dans un grand club avec des entraîneurs qui ont connu la Première Division et avec des joueurs comme ANDERSON ou BENARBIA. On ne peut que s’améliorer en s’entraînant à leurs côtés. Sans parler de ceux que je côtoie aujourd’hui…

Actuellement, à cette période de la saison, dans quel domaine travaillez-vous le plus, en tant que défenseur ?
En ce moment, on ne travaille plus techniquement, ni même plus tactiquement (sourire): on ne pense qu’à récupérer ! Il y a tellement de matches que c’est repos avant tout… En début de saison, nous avons bien travaillé tactiquement avec Gaël (GIVET) et "Toto" (SQUILLACI) (puisque lorsque Toto est blessé, je joue avec Gaël). De toute façon, on ne peut plus travailler de façon classique à la période de la saison où nous sommes actuellement.

Sur le plan tactique, vous arrive-t-il de modifier le système général en fonction du match à venir ?
Nous avons travaillé sur des principes généraux en début de saison et maintenant nous continuons sur la lancée. Nous jouons notre jeu en continuant le 4-4-2 qui nous réussit bien. En dernier ressort, on s’adapte à l’adversaire. Bien sûr, l’entraîneur étudie l’équipe mais ensuite chacun est dans sa zone ; on prend nos adversaires comme ils viennent.

Personnellement, en défense, étudiez-vous vos adversaires directs pour savoir si tel attaquant a l’habitude de déborder, ou de décrocher pour recevoir le ballon… ?
Avant chaque match, le coach nous dit ce genre de choses. Quand on joue contre CISSE, on sait qu’il faut faire attention dans la profondeur et qu’il va très vite. Quand on rencontre LUYINDULA, on s’attend à ce qu’il décroche et vienne chercher la balle dans les pieds. Le coach nous donne donc des informations sur l’équipe et nous dit comment procéder pour être le plus à l’aise possible.

Dans la ligne défensive, vous avez tous un excellent jeu de tête. Personnellement, considérez-vous que c’est l’un de vos points forts ?
Nous sommes tous assez grands de taille, ce qui favorise notre jeu de tête. Personnellement, j’ai travaillé ce domaine quand j’étais plus jeune. Là aussi, nous avons travaillé physiquement et musculairement en début de saison pour améliorer notre détente. En détente pure, Pat (EVRA) et Toto sont sans doute plus performants que Gaël et moi. Mais ce sont des tests arrêtés, donc c’est un peu différent en jeu. Le meilleur, relativement, cela doit être Ludo (GIULY), mais il est sûr que la taille est quand même un facteur important.

Derrière, vous êtes un peu tous de la même génération, vous êtes très copains. Comment gérez-vous néanmoins l’inévitable concurrence qui existe entre vous ?
On joue tellement de matches que tout le monde a sa chance. Si l’on veut que le groupe soit tiré vers le haut, on doit tous se mettre dans la peau d’un titulaire mais sans pour autant « manger » la place de l’autre. On donne tous le maximum pour que l’équipe réussisse avant tout. Je pense que c’est une amitié sincère qui nous lie. Il n’y a aucune hypocrisie entre nous. Quand je vois Toto ou Gaël qui marquent des buts, je suis content qu’ils fassent gagner l’équipe ; je suis le plus heureux du monde. Par ailleurs, quand il y a un coup dur, nous savons rester soudés. Par exemple, lors de la main de Sébastien SQUILLACI, sur le moment, je l’ai un peu engueulé sur le terrain parce que je savais que c’était synonyme de penalty et qu’on allait perdre deux points. Après le match, Gaël, Toto et moi sommes restés un moment dans les vestiaires pour en discuter un peu. Finalement, on l’a chambré, on en a rigolé. Il a eu un mauvais réflexe, en plus en étant poussé dans le dos. Cela arrive à tout le monde et il nous a fait gagner tellement de points dans la saison… Personne ne peut lui en vouloir. Cela fait partie des aléas du foot.

Sur le plan des résultats, vous n’avez malheureusement pas réussi un sans-faute en janvier-février…
Les contre-performances réalisées contre Nice ou Paris étaient en réalité des matches qui étaient dans nos cordes et que l’on pouvait gagner. Autant contre Paris nous avons fait match nul et nous n’avons pas été très bons, autant contre Montpellier que nous avons battu 4-0, nous avons fait une première mi-temps laborieuse… L’important à cette période de l’année, c’est de prendre des points. On sait qu’on a les qualités pour faire du jeu mais il faut avant tout marquer des points pour rester devant au classement.

L’absence récente de Ludovic GIULY a-t-elle été préjudiciable au rendement du groupe ?
Après la défaite contre Lille, tout le monde disait que Ludo manquait beaucoup et après la victoire contre Montpellier, il ne manquait plus (sourire) ! Ludo reste un des meilleurs joueurs en France et il nous fait beaucoup de bien. De plus, il est capitaine et apporte autant par son jeu que par ses paroles et son expérience, car il commence à être âgé maintenant (sic). C’est un joueur indispensable dans notre groupe !

Précisément, le fait que ce soit vous le capitaine en son absence est une marque de confiance de la part de Didier DESCHAMPS…
C’est sûr, cela me fait plaisir mais je préfère qu’il soit là et que ce soit lui le capitaine. Ceci dit, ça prouve que Didier a confiance en moi et qu’il pense que par mes paroles, je peux apporter au groupe : c’est donc une certaine satisfaction.

Quand vous avez vu arriver un joueur-vedette comme Fernando MORIENTES, étiez-vous un peu impressionné ou l’avez-vous d’entrée considéré comme un joueur comme un autre ?
Pour moi, maintenant c’est un joueur comme un autre, mais c’est vrai que quand il est arrivé, je pensais qu’il avait la mentalité de quelqu’un qui mise tous sur ses qualités individuelles. Or on a vu qu’il a su se mettre au service du collectif tout en apportant son immense talent, car c’est vraiment un grand joueur. Sur le plan relationnel, je le trouve très sympa : malgré la barrière de la langue, il essaie de communiquer avec nous et il est très agréable au sein d’un groupe.

Parlons un peu de la Ligue des Champions : comment jugez-vous votre prestation à Moscou et vos chances pour le match retour en Principauté ?
A Moscou, on s’en sort bien. Le résultat nous est assez favorable malgré notre prestation et préserve toutes nos chances pour le match retour, grâce au but marqué à l’extérieur. Ici, il faudra surtout ne pas prendre de but ; si on en prenait un d’entrée, ce serait très compromis.

Mais ne risquez-vous pas de vous découvrir et de vous faire piéger par des contres ?
Non, tous les défenseurs ne vont pas se ruer vers l’avant. Les attaquants sont assez pour faire la différence.

Est-il facile de retrouver une concentration pleine et entière (et tout à fait nécessaire) pour affronter une équipe comme Guingamp quand un huitième de finale crucial de Ligue des Champions vous attend quelques jours après ?
Notre priorité reste le championnat et le match contre Guingamp reste très important. Il était absolument obligatoire de s’imposer à domicile, d’autant plus que nous avons eu du mal ces derniers temps à prendre tous les points.

Quelle est votre meilleur souvenir ?
La victoire en Coupe de la Ligue l’année dernière était assez intense. Cela a fait vraiment plaisir à tout le groupe, d’autant plus qu’on avait perdu le titre d’un point. Non seulement, cela a sauvé notre saison, mais cela nous a permis de faire un pacte pour repartir tous ensemble.

C’est à ce moment-là que vous avez décidé de tous rester pour la saison suivante ?
Oui : on a vu qu’il y avait une bonne mentalité dans le groupe, qu’on s’amusait bien ensemble et qu’on prenait du plaisir sur le terrain. On a décidé dans la mesure du possible de rester tous ensemble.

Votre plus mauvais souvenir ne concerne-t-il pas la même compétition, perdue cette fois face à l’Olympique Lyonnais ?
Là, j’étais vraiment déçu, d’autant plus que sur le deuxième but, malgré mes crampes, je suis un peu fautif. J’ai mis un petit moment pour m’en remettre mais je pense qu’il faut relativiser. Ensuite, les plus mauvais souvenirs, ce sont les périodes où l’on ne joue pas. En fait, je n’ai pas connu de longues blessures comme Shaba (NONDA) et Dayo (OSHADOGAN) en ce moment. Et je pense que c’est encore pire : le fait d’être en pleine possession de ses moyens et malgré tout de ne pas être retenu comme titulaire.

Dans ces cas-là, est-ce qu’on gamberge ? A-t-on besoin de s’en ouvrir à quelqu’un ?
J’en parlais de temps en temps avec mon père ; mais de toute façon, on est obligé de passer par les deux phases : la phase où on travaille beaucoup et celle où on doute, puis on se remet à travailler… En fin de compte, le travail reprend toujours le dessus.

En dehors du football, quelles autres occupations avez-vous en ce moment ?
Je me mets un peu à l’ordinateur… Je suis aussi quelqu’un qui téléphone beaucoup (sourire)

Vous êtes donc plutôt communicatif : vous avez besoin de discuter beaucoup avec votre famille et vos amis…
Comme tout le monde, j’aime bien être seul à certains moments, et à d’autres, j’ai envie d’être entouré. Je m’entends très bien avec ma famille et ma belle-famille. Mais en ce moment, je pense surtout à me reposer et à bien m’alimenter.

 

Source : site officiel www.asm-fc.com

 

Toutes les archives du Monde des Princes


http://www.asm-foot.com
© VASELLI Nicolas et Grégory, DESVERNAY Stéphane & CROESI Nicolas - 2004