| Vendredi
9 janvier 2004 Le
Monde des Princes vous retranscrit ici l'interview du Président Pierre
Svara, publiée par Le Figaro :
Pierre
Svara : "La solidarité est la force de Monaco"
Après
les amuse-gueules de la Coupe de France, le championnat de L 1 propose, ce soir,
pour sa reprise, un choc princier. Monaco, le leader, face à son dauphin Lyon.
Relégués à sept points, les Lyonnais ont tout intérêt à garder le contact avec
son amphitryon malgré les dénégations de Didier Deschamps, l'entraîneur de l'AS
Monaco : "Ce serait une grossière erreur de penser qu'en reléguant Lyon à dix
points grâce à une victoire ce soir, nous serions déjà champions. Il reste aujourd'hui
soixante points à distribuer en vingt matches. Alors, ce match ne décidera de
rien. La saison dernière, à huit journées de la fin nous avions mis Lyon à cinq
points en le battant (2-0). Mais c'est Lyon qui a été champion." Rien ne sera
fait certes, mais le club de Jean-Michel Aulas, un président qui joue les Pépin
le Bref, en voulant faire verser à Monaco une "dîme" au nom de la fameuse exception
monégasque, ne doit pas voir son retard s'accroître. D'où une pression supérieure
sur les épaules du champion de France en titre tandis que Monaco, au jeu virevoltant
et efficace, symbolisé par le réalisme de son capitaine Ludovic Giuly, est appelé
à régner dans la sérénité malgré des problèmes de trésorerie (53 millions d'euros
de passif) inexistants dans le Rhône. Monaco va donc tenter de poursuivre sa marche
quasi parfaite ponctuée par treize victoires, trois nuls, deux défaites depuis
le début de championnat. Pour quelles raisons le club de la Principauté ressemble-t-il
à l'enfant surdoué du championnat ? Dans son bureau moderne, le président Pierre
Svara répond calmement tout en soulevant d'autres aspects de sa fonction.
LE
FIGARO. - Comment expliquez-vous le succès actuel de votre club ? Pierre SVARA.
- Les bons résultats sont d'abord les conséquences de la qualité de l'effectif
qui avait déjà prouvé l'an dernier son potentiel en terminant deuxième du championnat
et en gagnant la Coupe de la Ligue. Cette saison, Didier Deschamps, qui a encore
étoffé son bagage, travaille dans la sérénité en parfaite osmose avec Jean Petit,
Jean-Luc Ettori et Antonio Pintus. Ensuite, le groupe est très sain, sa mentalité
excellente. En qualité de président, je forcerai toujours cet aspect. De plus,
il voyage bien, aime se retrouver. Nous organisons beaucoup de mises au vert.
Et pendant ces stages, les joueurs ne s'ennuient jamais. Il ne s'agit pas de dire
simplement "je suis solidaire sur le terrain", cette solidarité se vérifie
partout, hors de la pelouse et dessus. C'est notre force.
Vous
avez reçu le 18 décembre le feu vert de la DNCG pour poursuivre le championnat
malgré le passif financier du club. Cette situation économique a-t-elle soudé
l'équipe ? Sans aucun doute. Cette expérience difficile a fédéré le groupe.
Après avoir reçu des assurances de notre partenaire MFI (Monaco Football Investissement
animé par MM. Pastor, Houdrouge et Piccinini) les joueurs ont tous voulu rester.
Le fait de garder 95% de l'effectif a permis de consolider les automatismes. Ce
qui constitue un élément de réponse de la question précédente. Mais si les joueurs
ne sont pas partis, c'est sûrement parce qu'ils sont convaincus de pouvoir faire
aussi bien que l'an passé. Même si nous attendons des partenaires nouveaux, la
situation financière est quand même un peu meilleure qu'en début de saison. A
la DNCG, en effet, j'ai reçu l'assurance de pouvoir poursuivre le championnat,
les bons résultats nous ont aidés. Pourtant l'accident dont a été victime Shabani
Nonda, une grande valeur tant sur le plan sportif que financier, fut un coup dur.
Vous
vous en êtes relativement bien relevé avec l'arrivée de Morientes... Oui,
nous avons pu nous retourner facilement en allant chercher Morientes. Heureusement,
j'avais fait confiance à des gens sérieux et compétents comme Fabrice Poullain
qui connaît bien le Real Madrid et Jeannot Werth. Le
premier tour de la Ligue des champions vous a vraisemblablement fait du bien financièrement... Oui,
mais nous avions déjà budgété ses rentrées. En finissant dans les deux premiers
du championnat en mai 2003 nous savions approximativement ce que nous toucherions.
En fait, le bonus est surtout tangible au niveau de la confiance car de nombreux
joueurs découvraient cette compétition.
Comment
réagissez-vous à ceux qui voudraient que Monaco paie une dîme du fait de son exception
fiscale ou ne figure pas dans le quota accordé prochainement aux clubs français
dans les compétitions européennes ? Sur ce chapitre, je préfère m'abstenir
de répondre. Pourtant
si vous gagnez la coupe d'Europe même les Français hostiles à Monaco risquent
de voler au secours de la victoire. Et Claude Simonet, président de la fédération
française, ne se plaindra pas si, grâce à vos excellents résultats, la France
qualifie un club supplémentaire dans les années à venir ? Honnêtement,
je ne désire pas entrer dans le débat : quand j'ai été nommé, j'ai tellement entendu
de choses... Dès le surlendemain de ma prise de fonctions on m'a traité dans la
presse, sans me connaître, d'incompétent, de pistonné, etc. Je n'ignorais pas
que dans le football il y avait des problèmes puisque j'étais au conseil d'administration
du club depuis un an, mais j'ai été très surpris par la surmédiatisation de la
fonction de président de club. Le poste que j'occupe est soumis à la pression
des résultats et des médias. De toute façon tant que je serai à la tête du club,
je militerai pour que Monaco continue à jouer dans le championnat de France. Quelle
a été votre première préoccupation ? J'ai voulu conserver les joueurs au
club tout en respectant le contrôle de la DNCG. Nonda et Roma étaient très sollicités.
Si nous avions cédé deux ou trois joueurs nous aurions peut-être en caisse vingt
millions d'euros en plus. Mais il n'est pas dit que nous serions en tête du championnat
et qualifiés pour les huitièmes de finale de Ligue des champions. En matière de
recrutement, je tenterai de faire de même : je reste convaincu que notre premier
renfort sera le maintien de cet effectif de qualité. Le pourrons-nous ? J'ai également
entrepris plusieurs démarches auprès des supporters. Je leur ai fait comprendre
que le Stade Louis II leur était grand ouvert. Les joueurs ont besoin d'eux et
je ne pense pas qu'en retour les nouveaux venus le regretteront." Propos
recueillis par Dominique Pagnoud |