Interviews

GIULY Ludovic

27 Juin 2002 - Par FX Lebert et Alexandre PECH

Le "Monde des Princes" vous retranscrit ici l'interview de Didier Deschamps, publié par le journal But!

Ludovic, vous aviez repris le chemin de la compétition au moment où le championnat touchait à sa fin. Désormais, vous avez l'impression de reprendre dans le bon wagon ?
Oui, je ne suis pas encore à 100%, mais je bosse creschendo. C'est un nouveau départ pour moi. J'ai eu les mêmes vacances que tout le monde. Désormais, il faut que je retrouve un peu de volume physique, ce que je m'atelle à faire pendant ce stage en Bretagne (à Arzon). Je suis un homme neuf, mais je n'ai rien perdu de mes atouts, notamment quand il s'agit de chambrer. C'est peut-être pour ça que je suis seul dans ma chambre d'hôtel (rires). On déconne pendant ce stage, on bosse aussi beaucoup, mais dans une très bonne ambiance.

La saison noire de l'an dernier est donc oubliée?
Il ne faut pas vivre avec le passé. Aujourd'hui, on essaye de reprendre les bases du football, c'est à dire le fonds de jeu, que l'on avait perdu. Une fois qu'on pourra faire du jeu, on pourra prétendre à des ambitions légitimes. Mais aujourd'hui on ne peut pas se permettre de clamer qu'on va être champion. Vu les deux dernières années, on doit faire profil bas, se retrouver -un stage comme celui-là est fait aussi pour ça -, pour reprendre confiance en nous.

On peut imaginer que l'ASM ne peut se passer de l'Europe et que le discours présidentiel réclame forcément des résultats, après cette disette.
Pour l'instant, le président ne nous a pas indiqué les objectifs, mais il faut déjà reprendre le dessus dans nos têtes. Il faut s'appliquer. On a eu trop de déceptions depuis deux ans, on a été vexés par nos performances et il faut le dire, on n'a rien prouvé depuis deux années. On n'a pas su sortir la tête de l'eau l'an dernier, ce qui est certainement le plus grave, car lorsqu'on échoue une saison, ça peut signifier un accident. Se tromper deux fois d'affilée, c'est que le problème est plus grave. Pour retrouver un standing, je vous l'ai dit, il faut faire preuve d'humilité, revenir aux bases, au jeu et au plaisir. Il sera toujours temps de viser quelque chose si on enchaîne bien. Mais aujourd'hui, on n'est pas en position de force. On a tous envie de faire un gros championnat, mais on préfère rester dans l'ombre pour l'instant, cool et sereins, sans trop de pression.

Cool et serein, peut-on l'être quand on sait les inimitiés qui ont gangrenné le groupe ? On pense notamment au retour de Marco Simone dans l'effectif, lui qui avait eu des mots durs vis-à-vis de l'entraîneur Didier Deschamps l'an dernier, au moment d'être prêté ?
Je n'ai pas trop à juger ces choses là. Le retour de Simone est une bonne chose pour l'ASM. Marco est un super joueur qui peut apporter beaucoup à l'équipe. L'année dernière, il y a eu du remue-ménage, des incompréhensions. Aujourd'hui, il est revenu pour jouer, donc il n'y a pas de souci vis-à-vis du groupe ou du coach. Il n'est pas montré du doigt. Il est apte à jouer, et on veut tous tirer un trait sur le passé et tirer dans le même sens, dorénavant. Vu ce qu'on a connu l'année dernière, je ne pense pas que ce soit le but de repartir dans le même climat. Aujourd'hui, tout va bien. Tout le monde agit en professionnel. Marco m'a dit qu'il était content et fier de revenir.

Il y a eu des mises au point pendant l'intersaison ?
Vers la fin du championnat, au-delà des conflits, j'avais surtout peur de descendre. Après, tout le monde a reconnu que la saison avait été mal gérée, que l'on n'avait pas bien agi ensemble. Dès qu'il y avait un petit truc qui allait de travers, ça prenait tout de suite des proportions inimaginables. Des déclarations n'ont pas toujours été très bien senties, ou parfois mal interprétées par certains. Quand une équipe va mal, comme c'était le cas, on cherche toujours le pourquoi du comment. Aujourd'hui, on a compris qu'il fallait travailler, car pour qu'il n'y ait pas trop d'histoires, il faut gagner des matches. On sait très bien que quand on gagne, tout va très bien et quand on perd, tout nous tombe dessus. On a trop cherché à mettre la faute sur l'autre.

Depuis les tribunes, comment avez-vous vécu la première saison sur le banc de Didier Deschamps ?
Je l'ai trouvé maître de la situation. Il a assumé tous ses choix et ses responsabilités. C'est vrai qu'on l'a déçu, qu'on n'a pas fourni le jeu qui lui aurait convenu, sur le terrain. On n'a jamais pu lui prouver qu'on pouvait faire quelque chose, ça a dû être frustrant pour lui. Le concernant, je trouve qu'il n'y a rien à dire, la faute est venue des joueurs. Maintenant, il était dans le même panier que nous. Cette année, on n'a pas envie de faire de même, et désormais il sait de quoi on est capables, dans le pire… (rires). Il saura éviter de nous faire refaire les mêmes erreurs, j'en suis sûr.

Les nouvelles responsabilités accordées à Jean Petit et Jean-Luc Ettori, en fin de contrat et prolongés de trois ans désormais en tant qu'adjoints de Didier Deschamps, n'ont-elles pas pour but de limiter le champ d'action d'un entraîneur qui n'aurait pas fait ses preuves lors de sa première saison ?
Le président a voulu faire un travail interne au club qu'il jugeait nécessaire. Jean Petit et Jean-Luc Ettori, on les connaît depuis des années, il sont toujours là. Maintenant, nous, les joueurs, on n'a rien demandé, on n'a pas choisi, c'est le président. Peut-être a-t-il ressenti que cela allait être nécessaire pour gérer 35 joueurs qui ne vont, pour les deux tiers, pas être contents des choix de l'entraîneur. Ils seront ainsi trois pour gérer ces litiges, pour expliquer les choix et ménager les susceptibilités et donc éviter les dérapages de l'an dernier.

C'est donc un désaveu de la toute puissance de Didier Deschamps ?
Non, je ne partage pas cet avis. Il reste le patron.

Avant votre grave blessure au genou, vous étiez le capitaine de l'équipe. Avez-vous été confirmé ?
Normalement, c'est toujours moi.

Comment le capitaine juge-t-il l'effectif de cette année ?
On est 29 pour l'instant, on sera 34 ou 35 avec les internationaux. C'est un groupe très étoffé. Ce doit être la première fois que Monaco compte autant de joueurs sous contrat. On sait que question transferts, rien n'est acquis d'ici au 31 août. On ne sait pas qui va partir ou arriver, mais on a les moyens d'être compétitifs. Personnellement, avant d'envisager un départ, il me faut revenir au niveau. Mais je me serais mal vu abandonner le bateau après deux saisons d'échec.

Alors que vous semblez en recherche de confiance et de résultats, comment jugez-vous le programme chargé qui vous attend en début de championnat, entre les déplacements à Troyes, Bastia et Lens, entrecoupés par les réception de l'OM et de Nantes ?
Depuis quatre ans que je suis à Monaco, jamais on n'a pris un bon départ, ça a souvent été douloureux. Bien débuter peut nous faire un bien fou. Mais pour l'instant, ces considérations sont lointaines. Chaque chose en son temps, on est tranquilles, on reprend en douceur. Puis le deuxième stage (ndlr : à Aix-les-Bains, du 24 au 27 juillet) verra le retour des internationaux (ndlr : les Sénégalais Souleymane Camara et Tony Silva, l'Argentin Marcelo Gallardo, le Suédois Pontus Farnerud, le Mexicain Rafael Marquez) et on passera un cran au-dessus. Le problème, c'est qu'à leur retour, on ne sera pas au même niveau de préparation, il faudra s'adapter, sachant qu'un schéma tactique aura été mis en place.

Entre les vacances et le stage, vous avez eu le temps de suivre l'équipe de France au Mondial ?
Honnêtement, je n'ai pas regardé un match, car je n'aime pas ça. Je les vis trop. Je vais quand même regarder la finale, mais j'étais loin de ça. Alors qu'on parle de renouveller les cadres depuis l'échec asiatique, il y a désormais peut-être quelque chose à creuser pour vous… Je ne veux pas brûler les étapes, mais on avisera si la reprise est très bonne, pour le club et aussi pour moi. Si les conditions sont réunies, ce sera au sélectionneur de faire ses choix. Mais il y a peut-être des ouvertures, j'espère, avec les éliminatoires pour l'Euro qui sont souvent propices aux essais. J'en reviens au Mondial, j'ai quand même suivi quelques résumés avec les performances de Tony Silva, notre gardien sénégalais. Et puis, je suis obligé d'être dans la compétition, parce que depuis le début du stage, les pronostics vont bon train. Personnellement, je suis pour les Turcs, depuis que j'ai découvert l'ambiance de Galatasaray, en Coupe d'Europe.

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© VASELLI Nicolas, Grégory & DESVERNAY Stephane - 2002