Interviews

GIULY Ludovic

08 Décembre 2002

Le "Monde des Princes" vous retranscrit ici l'interview de Ludovic Giuly, publié par le Site Officiel de Monaco!

Ludovic GIULY, vous êtes à l'A.S. Monaco FC depuis maintenant cinq ans. Jusqu'à présent, quel est votre meilleur souvenir ?
Le meilleur souvenir, c'est bien évidemment quand nous avons été champions. J'étais précisément venu ici pour gagner le championnat, et on peut dire que cela s'est bien passé. En ce qui concerne les matches, certaines rencontres de Coupe d'Europe m'ont davantage marqué, par exemple contre Galatasaray... Les matches contre Marseille, également, sont de bons souvenirs. L'année où nous avons été champions, nous avons fait de supers rencontres à l’extérieur en particulier à Nantes où encore à Paris. Cette année-là, on savait que rien ne pouvait nous arriver ; c'était vraiment une atmosphère un peu spéciale.

À l'opposé, l'année dernière a dû vous sembler bien morose, surtout sur le plan personnel...
Il est vrai que l'année dernière, j'ai laissé mes partenaires un peu trop tôt dans la saison. J'ai mis six mois pour revenir et cela a été difficile à gérer, à la fois personnellement et aussi vis-à-vis du groupe car dans ces cas-là, on se sent inutile.

Rappelez-nous un peu les différentes étapes de votre calvaire...
J'ai été touché au niveau des ligaments croisés du genou, avec une opération à la clé... et six mois d'inactivité. Je dois dire que j'ai beaucoup travaillé avec le docteur BURACCHI et avec Patrick LEGAIN qui m'ont fait suivre une superbe rééducation et aujourd'hui je peux dire que tout va bien. Cela s'est enchaîné relativement rapidement, mais pendant six mois, je n'étais que spectateur et je savais que je ne pouvais rien faire pour l'équipe; ça c'est frustrant.

N'avez-vous vraiment plus aucune appréhension ?
Non, pas du tout. Depuis que j'ai fait le stage de début de saison, je me suis dit que l'opération avait réussi, que le genou tenait bien, et qu'il fallait y aller à fond. Après avoir reçu mon premier tacle à l'entraînement, je me suis dit : "c'est bon, ça tient, on peut y aller". J'ai carrément oublié que j'avais subi une opération! Au début, on pensait que le genou allait gonfler mais cela n'a pas été le cas, ce qui fait que je n'y pense plus. Parfois, quand il pleut ou que le temps est humide, l'articulation est encore un peu raide; c'est tout.

Parmi les différentes phases que vous avez traversées, laquelle a été la plus difficile : la phase purement médicale après l'opération, la phase de rééducation où vous avez travaillé tout seul, ou la reprise avec le ballon et le groupe mais sans encore rejouer en match ?
En fait, tout s'est passé très vite. La première semaine, je n'ai pas tellement réalisé ce qui m'arrivait. Je pensais que ça allait se passer tranquillement. Et puis quand je me suis fait opéré, puis que je suis parti pour Cap Breton pour ma rééducation... Là j'en ai vraiment "bavé" ! D’une part j'ai vu qu'il fallait vraiment travailler pour revenir, et d’autre part j'étais là-haut tout seul, loin de tout le monde, avec des gens qui avait subi des accidents plus graves que moi et qui, d'ailleurs, m'ont aidé moralement. En les voyant s’accorcher, j'ai constaté qu'il y avait pire que moi et que mon cas était presque minime. Je me suis mis ça dans la tête, et j'ai commencé à très bien travailler. De plus, cette période d’arrêt forcé m'a permis de souffler un peu et je pense que j'en avais peut-être besoin. Le plus long, en fait, cela a été le travail ici durant trois ou quatre mois lorsque j’ai commencé à courir et à retaper dans le ballon : là, on s'imagine qu'on va frapper et rejouer tout de suite, alors qu'en fait il faut encore un mois ou un mois et demi de travail avant d'être au point.

Lors de votre rééducation, comment saviez-vous si vous deviez surpasser la douleur pour récupérer plus vite ou bien que celle-ci était un signal et qu'il fallait vous arrêter ?
Il faut passer par-dessus. Vous réapprenez à faire travailler votre muscle et en fait il n'y a pas de limites. Toutes les semaines, vous gagnez en palier et en force et si vous ne travaillez pas tous les jours, vous régressez. Je savais qu'il n'y avait pas de risque car le docteur et le staff médical n’hésitaient pas à me pousser lorsque moi j’avais tendance à freiner un peu. Il m'ont assuré qu'il n'y avait pas de souci et que cela tenait encore mieux qu'avant.

Pensez-vous avoir récupéré complètement, voire plus, sur le plan physique comme sur le plan technique ?
En fait, cela m'a permis de repartir à zéro avec une nouvelle envie et de nouvelles ambitions. Lors du stage d'avant-saison, j'ai très bien travaillé. J'ai juste baissé après les deux ou trois premiers matches de championnat car justement, j'étais tellement bien que j'ai plongé d'un coup ; en effet, le corps n'avait plus l'habitude de travailler aussi souvent. Aujourd'hui, c'est reparti de plus belle et physiquement je me sens vraiment bien.

Techniquement, la phase de rééducation a dû vous permettre de refaire des gammes et des petits exercices que vous ne faisiez plus...
Effectivement, il fallait tout reprendre à zéro : les contrôles, les passes, les enchaînements... Bien sûr, à la base, on conserve un acquis. En le travaillant tous les jours, cela permet de mieux faire le geste, mais lorsqu'il y a encore une appréhension, le geste n'est jamais parfait. Cela revient par la suite, à l'entraînement dans des conditions réelles.

Comment jugez-vous le début de saison de l'A.S. Monaco F.C. ? Certains ont dit que l'équipe avait retrouvé son jeu et ses ambitions, y compris celle de jouer le titre, mais par ailleurs on constate encore quelques faux-pas. Comment analysez-vous les choses ?
Je pense qu'il ne faut pas aller plus vite que la musique. On a fait une bonne série, mais on a été stoppé en particulier par quatre matches nuls qui nous ont fait mal au niveau des points. Mathématiquement, une seule victoire parmi ces matches nous aurait été très profitable. Nous savons maintenant que l'on peut jouer au ballon, que l'on est capable de rivaliser avec n'importe quelle équipe et que l’on a retrouvé un groupe et une certaine confiance. Il faut se mettre dans la tête que nous devons absolument enchaîner les victoires car il n'y a que comme ça que l'on prend des points.

Il ne suffit pas de le dire...
C'est vrai. Nous avons peut-être cru que même en jouant moyennement on allait arriver à quelque chose. Or nous avons constaté que chaque fois que nous sommes passés un peu à coté d'un match, nous avons immédiatement perdu des points. Il faut donc se remettre en cause tous les samedis et je pense que nous ne sommes pas assez compétiteurs à ce niveau-là. Peut-être avons-nous perdu un peu cette mentalité précisément parce que depuis deux ans nous étions partis un peu à droite et à gauche. Là, après avoir trouvé un peu de stabilité, on a cru que ça allait revenir tout seul. On voit qu'il faut encore bosser et ne rien lâcher car le championnat va être difficile. Moralement, il faudra être très présent et se battre tous les samedis.

Face à Nice, avez-vous été gênés par le gros pressing défensif que vos adversaires vous ont imposé ?
Je dirais que nous avons pratiquement tous loupé notre match. On n'a rien démontré ; à partir de là, Nice a joué ses cartes et a mérité de gagner. Nous n'étions pas là, nous n'avons pas su répondre physiquement ni même techniquement. Nous sommes passés à côté du match... Cela fait partie du championnat. Il faut savoir effacer ça et faire un très bon match contre Ajaccio pour le moral et pour la suite du championnat.

Le tandem Deschamps-Petit fonctionne bien, apparemment...
Il se trouve que tout le monde avance dans le même sens, Didier avec Jeannot (PETIT), comme avec Jean-Luc (ETTORI), comme avec les préparateurs physiques et le staff médical. Ce qui est bien pour nous, c'est qu'on sent qu'on va tous dans le même sens; et la stabilité que nous avons trouvée s'est ressentie dès le début du championnat.

Avez-vous senti une évolution chez votre entraîneur depuis la saison dernière ?
Quand il y a des résultats, c'est beaucoup plus facile pour tout le monde, que ce soit pour les joueurs ou pour le coach. On le sent plus concentré, car il a déjà beaucoup moins de souci par rapport à l'effectif et au nombre de blessés; c'est déjà pas mal! Après, au niveau du jeu, il essaie de trouver les meilleures solutions et il évolue un peu comme nous puisqu'on apprend et qu'on évolue chaque semaine. En tout cas, cela se passe très bien entre lui et le groupe.

Que représente le capitanat pour vous ?
Il est vrai que cela fait pas mal de temps que je suis ici, mais être capitaine ne signifie pas que d'un côté il y a moi et de l'autre les joueurs. Au contraire, j'essaie de communiquer avec tout le monde afin de travailler dans la bonne humeur et que tout se passe bien. J'essaie de bien retranscrire le message de Didier vis-à-vis des joueurs, et si jamais il y a un problème interne, je suis là pour calmer le jeu. Sur le terrain, on va me demander beaucoup plus car je suis censé donner l'exemple. À partir de là, j'essaie de tout donner à chaque match et d'aller vers l'avant pour emmener le groupe vers la victoire. Mais il est certain que je ne peux pas y arriver tout seul et que des gars comme Jérôme ROTHEN, Marco SIMONE, Marcelo GALLARDO ou José PIERRE-FANFAN, qui sont des joueurs d'expérience, vont pouvoir m'aider dans cette tâche et à donner cet élan. Je ne suis donc pas tout seul.

Sur le terrain, n'avez vous pas tendance à réagir un peu trop à chaud dans vos relations avec les arbitres ?
Non, honnêtement je peux dire que je m'étais calmé. Contre Nice, c'est la seule fois, effectivement, où je me suis un peu excité. Mais c’est dans le jeu, et après j'oublie tout. Cette année, c'est une chose que j'essaie de maîtriser : ne pas m'énerver, ne pas me disperser par rapport aux décisions arbitrales et à tout ce qui peut se passer autour du jeu afin de rester concentré sur le match. Il est vrai que contre Nice, on a bien vu que lorsque l'on n’arrive pas à faire quelque chose, on a toujours la solution de facilité de râler contre l'arbitre et de se déconcentrer, ce qui signifie qu'il y a encore des progrès à faire, mais personnellement j'essaie de travailler là-dessus.

Pour un Corse d'origine, la présence de deux équipes de l'île de Beauté en Ligue 1 doit vous satisfaire...
Effectivement, je pense que c'est bien pour la Corse. Par contre, il se trouve que nous allons les recevoir et il nous faut les trois points. Même si chez nos adversaires il y a Grégory LACOMBE et quelques autres jeunes qui étaient à Monaco, il nous faut en faire abstraction et gagner absolument. Il n'y a donc pas de cadeau à leur faire. Quant à la situation d'Ajaccio, il est vrai que la situation de Rolland Courbis, qui doit suivre les matches depuis la tribune, ne les aide pas beaucoup. Travailler dans ces conditions ne doit pas être évident du tout pour un petit club qui monte en Ligue 1 et qui n'avait pas besoin de ça. Maintenant, ils ne doivent pas penser que tout le monde s'acharne sur eux. Ils ont des qualités et de bons joueurs et ils l'ont démontré samedi dernier contre Auxerre. Je ne pense donc pas qu'ils soient condamnés; de plus ils vont se battre jusqu'au bout puisqu'ils ont ce tempérament corse de ne rien lâcher. Il faut qu'ils jouent avec leurs qualités pour s'en sortir... mais pas samedi! car nous avons besoin de cette victoire et que nous devons démontrer que nous sommes là.

La saison dernière, l'équipe a sans aucun doute été handicapée par l'absence de joueurs tels que vous ainsi que Marcelo GALLARDO plus ponctuellement. C'est plutôt flatteur pour vous de voir que les gens pensent que l'équipe aurait mieux tourné si vous aviez été présent...

Personnellement, j'essaie de tout donner car précisément pendant six mois j'avais besoin de jouer. Mais je ne pense pas que tout soit dû à l'absence d'un ou deux joueurs. C'est un état d'esprit, c'est cela qui fait qu'il y a un groupe et qu’il vit. Lorsqu'il n'y a pas d'âme dans un groupe, celui-ci ne pourra jamais rien faire. Nous avons démontré ces deux dernières années qu'avec de bons joueurs mais sans état d'esprit, sans envie de gagner, on ne peut rien faire. Je pense que c'est ce qui nous manqué : que le groupe vive bien ensemble, qu'il y ait une bonne humeur favorable au travail et que nous ayons tous envie d'aller de l'avant. C'est dans cet état d'esprit que j'ai voulu revenir et c'est ce message-là que je veux faire passer. De plus, si l'équipe tourne, nous aurons beaucoup plus de facilité par exemple pour renégocier un contrat, pour faire parler de nous, réussir des transferts, accrocher des sélections, etc... cela rejaillit sur tout le monde. Dans ces conditions nous serons tous gagnants, et non pas si chacun essaie de tirer la couverture à soi. C'est le collectif qui fait que l'équipe marche et non pas un ou deux joueurs.

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© VASELLI Nicolas, Grégory & DESVERNAY Stephane - 2002