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18 Mai 2002 - à Monaco - Par Stéphane MAGGI
Le "Monde des Princes" vous retranscrit
ici l'interview de Didier Deschamps, publié par Monaco-Matin
Didier Deschamps, l'ASM termine 15eme du championnat. Bien loin
de l'objectif européen annoncé en début de saison...
J'avais fixé cet objectif sans connaître la situation du club, sans
avoir fait une évaluation juste. Au bout d'un mois, je savais que ça
n'allait pas être possible. Finalement, pendant les trois quarts de
la saison, j'ai plus regardé derrière que devant. Aujourd'hui, l'essentiel
est sauf. La situation aurait d'ailleurs pu être bien pire.
N'avez-vous pas songé à démissionner ?
Je ne suis pas quelqu'un qui abandonne.
Comment expliquez-vous les difficultés de cette saison ?
J'ai découvert mon métier dans un contexte particulier, propre à Monaco.
J'ai dû composer aussi avec beaucoup de blessés. Je n'ai pu aligner
deux fois la même équipe. Faute de pouvoir choisir la meilleure solution,
j'ai été contraint de choisir la moins mauvaise. Dès qu'il y avait un
petit coin de ciel bleu, les nuages s'accumulaient malheureusement trop
vite.
Ne fallait-il pas apprendre ce métier dans un club moins exposé,
en Deuxième Division par exemple ?
Je ne serais pas allé en Deuxième Division. Mais j'ai souffert d'avoir
perdu de vue le championnat de France depuis sept ans. En plus, le staff
italien que j'ai emmené ne le connaissait pas du tout.
Le président Campora ne vous-a-t-il pas donné un cadeau empoisonné
?
Absolument pas. Mais on ne passe pas d'un seul coup de joueur à entraîneur.
Tout ça ne se fait pas sur le tas.
Comment avez-vous réagi aux cris « Deschamps démission » et aux banderoles
hostiles des supporters au stade Louis II ?
Si je disais que ça m'a fait plaisir, je mentirais. J'essaie de comprendre
leur mécontentement, même si je pense qu'on a surtout besoin des supporters
quand cela ne va pas. Je sais pourtant que c'est la loi du genre. La
situation est identique ailleurs. Lors de notre match à Lyon, il y avait
une banderole : « Vous faites honte aux Lyonnais ». Et finalement, l'OL
est champion de France.
L'une de vos grandes qualités aura été d'afficher une extraordinaire
sérénité toute l'année durant…
J'ai toujours dit que j'assumais mes erreurs. Mais je n'ai également
jamais fui mes responsabilités. J'ai toujours aimé les difficultés…
Des regrets d'avoir signé à Monaco ?
Absolument pas. Ça reste une opportunité fabuleuse pour moi. Et s'il
y a des difficultés, je suis aussi là pour les résoudre.
Didier Deschamps, n'avez-vous pas montré des limites dans la gestion
de fortes personnalités, comme Christian Panucci par exemple ?
Je préfère avoir des joueurs de caractère. Mais la vérité est celle
du terrain. Et quand cela ne fonctionne pas, il faut prendre des décisions.
Je ne remets pas en cause les qualités de Panucci. Mais lui-même a reconnu
que son ambition était en inadéquation avec les objectifs de l'AS Monaco.
Et votre conflit avec Marco Simone ?
Son comportement sur le terrain et son attitude à l'extérieur ne me
convenaient pas. Le groupe l'avait déjà exclu avant que je ne l'exclue
moi-même.
Ces deux Italiens étaient pourtant des pièces essentielles dans votre
équipe...
Je savais qu'en me séparant d'eux, je perdais beaucoup. Mais il
fallait faire des choix et trancher.
Et le cas de Bierhoff dernièrement ?
Une chose est sûre : j'ai fait tout ce que j'ai pu pour l'emmener à
la Coupe du Monde. Il est particulièrement risqué de prendre un joueur
qui a passé la trentaine à Monaco. Le contexte ne favorise pas le travail.
De quel contexte parlez-vous ?
Les sollicitations extérieures - les occasions de s'amuser - ne facilitent
pas le professionnalisme. Alors que le football doit être la priorité
des joueurs dont c'est le métier.
Avez-vous souffert d'autres spécificités monégasques ?
Il y a les intérêts politiques et puis les rumeurs, colportées par des
gens qui ne sont souvent pas au courant de tout. Les bruits vont vite
dans ce petit pays et reviennent aux oreilles des joueurs.
Et si demain Marco Simone, toujours sous contrat avec l'ASM, revenait
?
Ce n'est plus mon problème, j'ai déjà dit ma position au président.
Quels sont vos rapports avec Jean-Louis Campora ?
C'est toujours plus facile quand ça marche. Mais j'ai toujours gardé
de bons rapports avec lui. Bien sûr, quand il a vu que son club n'avait
pas de bons résultats, il a été déçu. Il a pu penser que j'étais le
responsable. Ensuite, il a fait son analyse. On a appris à se connaître.
Je n'oublierai pas que c'est lui qui m'a donné ma chance.
Le staff médical a été également montré du doigt...
Il y a toujours eu plus de blessures à l'ASM car les joueurs y sont
plus relâchés. Ceci dit, je ne suis pas satisfait du staff médical qui
n'a pas travaillé en équipe pour le bien du club et des joueurs. Je
souhaite une restructuration. Le président en est conscient. En tant
que médecin, il a suffisamment de compétences pour juger. Maintenant
c'est à lui de décider.
Didier Deschamps, malgré le tableau noir en championnat, existe-il
quand même des satisfactions ?
Je suis très content de Gaël Givet. Il « mange » la pelouse, il sait
ce qu'il veut. Il y a aussi Camara, Cubillier et d'autres encore.
Avec plus de trente joueurs sous contrat, l'ASM ne doit-elle pas
dégraisser son effectif ?
C'est une évidence. Mais on ne peut pas se séparer de joueurs d'un trait
de plume car il y a des contrats à respecter. Avec 32 ou 35 joueurs,
il n'est pas possible de faire un travail de qualité. Avec trop de monde,
ça devient la cour de récré. La saison prochaine, la réglementation
nous permettra de constituer deux groupes à l'entraînement. C'est une
grande évolution.
L'année dernière, vous héritiez finalement à votre arrivée d'un groupe
déjà bien établi. Serez-vous plus attentif aux transferts cette saison
?
Je dispose de plus de temps que l'année dernière avant la reprise du
championnat. Il est clair qu'un joueur ne signera pas sans mon feu vert.
Quelles sont justement les qualités que vous demanderez à un joueur
susceptible de signer à Monaco ? Je serai très attentif sur le profil
des joueurs que l'on souhaite recruter. Outre les qualités physiques
et techniques, je ferai une enquête approfondie sur leur personnalité.
Ici, il faut être plus fort dans sa tête qu'ailleurs, c'est le mental
qui doit primer. Il est plus difficile de gagner à Monaco que dans un
autre club. Pas question de recommencer comme l'an dernier : on m'a
offert une belle pomme mais il y avait un ver à l'intérieur !
Vous semblez avoir la dent dure contre certains joueurs ?
Certains veulent recevoir et ne pas donner. La gestion humaine des joueurs
est de plus en plus difficile avec l'arrêt Bosman, avec l'effet Coupe
du Monde qui a vu le départ des meilleurs joueurs français et a « starisé
» des joueurs moyens, avec l'influence des agents... Ce qui me rassure
quelque part, c'est que je ne suis pas le seul entraîneur qui rencontre
ces difficultés.
Quelle seront les nouvelles orientations pour la saison 2002-2003
?
Il y a des joueurs que je ne souhaite pas garder. Je veux créer un groupe,
un esprit commando. Des joueurs sont garants de cet état d'esprit :
Giuly, Pierre-Fanfan, Roma... Autour de ce noyau dur, je veux construire
un groupe avec lequel je tracerai les grandes lignes. C'est à eux ensuite
de savoir ce qu'ils veulent faire, jusqu'où ils veulent arriver. Qu'ils
trouvent cette force nécessaire pour aller le plus haut possible. Sachant
qu'il est encore plus difficile de gagner à Monaco qu'ailleurs car les
joueurs n'ont pas la pression d'un gros public. Je compte, en tout cas,
mettre en place un règlement sévère. Car si je fais confiance à certains,
mieux vaut prévenir que guérir pour d'autres. Je serai intransigeant
sur les écarts tant en interne qu'en externe ! Il y a une autorité qui
doit être respectée de tous.
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