L’arbitre
vient de siffler la fin du match. Les 2500 spectateurs sifflent copieusement.
Monaco vient de s’incliner sur sa pelouse. Il pleut, il fait froid, deux vieux
à côté de moi fustigent l’incapacité de Madar à marquer, le manque de combativité
de Djorkaeff, l’absence de réaction d’une équipe asémiste bien pâle.
Moi
aussi je suis déçu, du haut de mes 16 ans j’en veux à Ettori de ne pas pouvoir
redonner plus de jus à cette équipe, j’en veux à ce stade si vide, j’en veux à
ce président qui a évincé quelques mois plus tôt le plus grand entraîneur que
l’ASM n’ait jamais eu : Arsène Wenger. Je jette un dernier coup d’il sur
la pelouse, les joueurs quittent la tête basse le terrain, j’en ai marre, je ne
veux même pas entendre les résultats des autres matches. 2-1 ! On vient de perdre
2-1 à la maison contre Le Havre ! J’ai du mal à y croire et pourtant.
En
cette 26ème journée l’ASM pointe à une à peine croyable 11ème place
à 22 points de l’intouchable leader Nantes, le nombre de spectateurs est en chute
libre, les sifflets sont monnaies courantes dans les travées du Louis II plutôt
que les applaudissements. Nous
sommes le 12 Février 1995, l’ASM n’existe plus. Ou presque…..
Ooooollllaaaaa
! C’est la 8ème fois que je me lève de mon siège en à peine 70 minutes,
tout le monde s’y met, en face la tribune Honneur ne déroge pas à la règle. D’un
oeil presque distrait j’aperçois Cissé qui prend la balle au milieu de terrain,
Doudou fonce, personne ne lui prend la balle, il frappe, c’est du délire : 8-3.
Les 17000 spectateurs sont tous debout, je n’ai plus de voix, je sais que j’assiste
à un match exceptionnel, rare, énorme. Nous
sommes le 5 novembre 2003, L’ASM est au sommet de son art, le football européen
envie son jeu, ses joueurs, son entraîneur.
1
club, 2 images, 2 époques. Entre le 12 Février 1995 et ce fameux 5 Novembre
2003 il y a un gouffre, une différence telle qu’il est difficile d’imaginer qu’il
s’agit du même club et pourtant…. Ainsi va l’ASM, un jour tout en haut, quelques
mois plus tard tout en bas. Au
fil des périodes de transferts on a vu faire et défaire des équipes dignes du
titre de champion d’Europe, on a vu des joueurs et des entraîneurs qui nous ont
fait rêver et puis sont partis on ne sait plus trop où, on ne sait plus trop pourquoi.
Retomberons
nous un jour à une situation telle que cet anodin 12 Février 1995 ? Allons nous
encore nous suicider sur l’autel du marché des transferts ? Me retrouverais-je
une fois encore perdu au milieu de 2499 autres spectateurs sifflant et désavouant
leur club durant les heures sombres ? J’espère que non. Je reste malgré tout confiant
lorsque je vois notre président, avec son oeil neuf cet amoureux de l’ASM a déjà
fait changer la maison asémiste qui s’effritait depuis des années, espérons que
son action ne soit pas seulement un mirage qui s’estomperait une fois le titre
acquis….
Fredo
Disco, Monaco